Résidence au Château de Montfroc

Résidence d’artiste avril-mai 2018 au Château de Montfroc / Association Chemins de ronde

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Performance du 21 mai 2018 sortie de résidence lors du Festival Le Chant de la Terre:

Depuis 1996, première année de ma formation aux métiers de styliste et modéliste à l’école ESMOD Paris, je ne cesse de remettre en question mon activité autour du vêtement. Tout d’abord styliste, je me suis vite rendue compte que la vision industrielle de ce métier et du secteur de la Mode ne m’intéressait absolument pas, d’autant plus que cela ne correspondait même pas à ma façon de consommer puisque je ne fais quasiment pas de shopping-mode, je préfère soit faire mes propres vêtements, pour un meilleur rapport corps-conscience, soit acheter un vêtement lors d’une rencontre avec un artisan-créateur, ce qui permet d’humaniser l’achat, de savoir comment le vêtement a été fabriqué, une façon aussi de faire perdurer tous ces métiers autour de l’artisanat qui souffrent soit d’un système fiscal non adapté, soit d’une concurrence déséquilibrée face à l’industrie, comme une majorité de personnes ne sont pas éduquées autour de la question du choix artisanat ou industrie, peu sont finalement sensibles à la qualité ou la coupe, le bien-aller, ce qui compte à leurs yeux, c’est la frénésie de la consommation multiple, peu importe si leurs vêtements sont mal coupés, de mauvaise qualité et sans âme. De fil en aiguille, mon expérience professionnelle m’a donc conduit à l’artisanat pur, je fais tout de A à Z, de l’idée à la confection, en privilégiant des vêtements uniques et sur mesure: une personnalité est unique, un corps est unique, comment a-t-on pu imaginer que la standardisation des corps et tailles était possible? Puis grâce à la rencontre d’une galériste d’Art Contemporain, mon travail est devenu de plus en plus réfléchi, conscient et artistique, ainsi depuis 2010 en parallèle j’ai ce qu’on appelle communément « un travail d’artiste », je questionne principalement les liens et les tabous entre l’art et la mode, le rapport au corps du vêtement, la femme dans sa spiritualité, le langage des textiles aux travers de performances et d’oeuvres textiles, et photographies. Le secteur de la Mode et de l’habillement nécessite une prise de conscience, de toute urgence. Sur les réseaux sociaux sont relayés depuis quelques années certains scandales, mais bien sûr, ce n’est pas suffisant puisque rien ne semble changer de façon efficace et significative, le combat va être long, et pourrons-nous parvenir à mettre fin à toutes ces sur-propositions de collections qui entraîne une sur-consommation? Le meilleur moyen d’éviter de futures catastrophes écologiques serait de réduire de moitié, voire plus, ce secteur, mais que ferons-nous de ces millions d’ex-employés de ce secteur sans emploi? Le dilemme est cruel. Une chose est certaine, c’est que nous pouvons éviter la surconsommation, nous n’avons absolument pas besoin de 20 paires de chaussures, ni de 25 tee shirt, l’usure est un faux problème si nous recourons à des produits de qualités! Certaines grandes enseignes communiquent sur leur prise de conscience et leur tentative pour améliorer tout ce qui a été décrié. En effet, le secteur de la Mode et de l’habillement est le 3ème secteur mondial le plus impactant sur l’écologie, une vraie catastrophe planétaire. Un vêtement nécessite tellement de transformations avant d’être vendu: comment est-ce possible de payer un tee shirt 5 euros quand on pense qu’il faut cultiver le coton, le récolter, le transporter au filateur, le filer, puis le transporter au tricoteur, le tricoter, le concevoir intellectuellement, le découper et le confectionner, le conditionner et le transporter aux boutiques, que d’intermédiaires! Que de transports! Parfois ces textiles pour être fabriqués parcourent des milliers de km! Et qui dit transport dit pollution, sans compter les pesticides pour la culture du coton!!! et toutes ces fibres synthétiques qui sont issues du pétrole, etc…Et toute l’eau nécessaire pour les teintures, sans compter que certaines sont toxiques pour la peau de l’homme! (il faut 1500 litres pour un tee shirt). Alors comment est-ce possible de ne payer que 5 euros un tee-shirt quand on connaît toute la chaîne de fabrication?! Aussi ,à cette catastrophe écologique s’ajoutent en plus des problèmes de droits sociaux, humains voire sanitaires, les usines de fabrication reçoivent énormément de pression, les couturières cousent parfois dans des conditions déplorables, sont largement sous-payées etc…97% de la production est réalisée à l’étranger, Inde, Chine, Bangladesh où la main d’oeuvre est si peu chère Le drame de Dacca, une usine abritant 5000 employés dont des enfants s’est effondrée car elle n’était pas aux normes, a causé plus de 1500 morts, et plus de 2500 blessés depuis, les marques essaient de se responsabiliser dans leur choix de fabrication. Mais tout n’est pas de la responsabilité des marques de vêtements, qui proposent au-delà des deux saisons annuelles, parfois jusqu’à 8 collections annuelles, pour proposer toujours plus de nouveautés. Le consommateur a largement sa part de responsabilité: comment analyser ce désir de posséder plus de vêtements que nécessaire? La société a-t-elle si peu confiance en elle pour persévérer dans sa quête de séduction et pouvoir au travers de toute sortes de parures? Certains créateurs , conscients, ont mis en place des collections basées sur l’upcycling et le recyclage, une intention qui pourrait être un début de réponse, mais jusqu’à quand cela pourra t-il être possible, car autant les vêtements avant les années 90 étaient de qualité, par conséquent facilement réutilisables, mais les matières d’aujourd’hui ne permettent plus ce recyclage, trop à base de pétrole et, surtout s’usent tellement vite qu’ils ne peuvent même plus durer dans temps. A la temporalité du vêtement s’ajoute notre propre temporalité, il est important d’en avoir conscience et de se la réinventer dès qu’on en éprouve le besoin. Le temps dans le secteur du textile est l’ultime problème, le temps est étiré dans tous les sens, contraint de suivre le rythme des collections et même plus que nécessaire, toujours plus. Quantité de productions dans un moindre temps et ce n est pas sans conséquence, pollution, problème sociaux, quel sens donner au vêtement jetable.?Pourtant nous avons probablement tous un vêtement qui traverse le temps, les temps, notre vie, auquel nous sommes attachés, sans être pour autant matérialiste, juste un vêtement-symbole, un vêtement-émotions, un vêtement-mémoire, alors avons nous vraiment besoin de renouveler sans cesse notre garde robe? La tribu des Kogis en Amazonie gardent leur vêtement durant toute leur vie, et les rapièce dès l’apparition des trous, chaque raccommodage est signe de sagesse, témoigne du temps. Notre personnalité ne change pas au rythme des saisons,  mais quand est il- de nos passions, de nos émotions? Nous devrions plutôt nous approcher de qui nous sommes, quel rapport corporel à besoin notre âme et notre mental? Il faudrait redéfinir nos vêtements en fonction, en pleine conscience, avec des valeurs éthiques et sensitives, revaloriser le geste, tous les sens, revaloriser l artisanat qui prend son temps, apprécier la forme, la couleur, d’autant plus que les couleurs ont un rôle autre que symbolique, elles peuvent être hautement énergétiques. Il est temps, si ce n’est déjà pas en marche, de prendre conscience de nos propres valeurs, d’apprendre à incarner notre âme et à mettre en valeur notre corps, lui rendre hommage. Etablir une connexion efficace entre notre âme et notre corps à travers nos gestes et nos vêtements. Pour cela, notre intuition et notre ressenti doivent se rencontrer, se décupler. Rien que si nous pensions davantage à notre souffle, notre respiration, notre besoin de temporalité, nous ne choisirions pas les mêmes vêtements pour créer un belle harmonie; les tendances mode insufflées par les grands noms de la Mode n’ont que faire de ce besoin de liberté, de conscience. Ainsi, les formes, couleurs et matières réunies en un même vêtement devraient être consciemment choisis pour notre équilibre corps-âme-beauté. C’est ceci que j’ai souhaité questionner, mettre en avant, dénoncer au travers de mes vidéos et de mes recherches textiles ainsi que la performance, bien sûr cela n’a rien d’évident pour le visiteurs, spectateur, puisque cela se retranscrit de façon plus ou moins poétique, en respectant mon univers esthétique. Chaque élément de mon travail exprime un symbole et renvoie à mon discours. Par exemple, mes vidéos se sont davantage orientées sur la notion de temporalité autour de la spiritualité, du bien être, à l’écoute et à la découverte, au respect de soi-même, vous avez la vidéo le Yin et le Yang avec une robe blanche et noire, toute en mouvement, le noir et le blanc se complètent et parfois fusionnent entre elles, l’exploration de cette thématique se poursuit dans la vidéo Ici ou Ailleurs, petite danse avec des voiles puis la vidéo qui s’appelle L’invitation, c’est une invitation à la méditation, à regarder la nature, à se recentrer sur l’essentiel, toutes les vidéos ont été tournées au Château, et pour finir un hommage en noir et blanc à la Source du château, hautement symbolique.